INTERVIEW Hervé Grandeau, Président du syndicat des bordeaux et des bordeaux supérieurs explique les raisons de ce paradoxe.
Les prix des vins français issus des vendanges de
2013 affichent une hausse de 20% selon une étude réalisée par le
ministère de l’Agriculture. Comment l’expliquez-vous ?
Cette hausse globale des prix du vin en vrac est mécanique.
Elle est due à une baisse de la production et à un maintien de la
demande en 2013-2014. Hormis la Provence et surtout le Languedoc, toutes
les régions viticoles ont pâti en 2013 d’une mauvaise météo qui a
provoqué une baisse des rendements viticoles.
Pour les vins de consommation courante, le millésime 2013 apparaît moins homogène en qualité que les exceptionnels 2009 et 2010. Mais la qualité étant correcte dans l’ensemble, cela pèse assez peu sur le cours du vin en vrac. En réalité la remontée des prix s’explique par un rééquilibrage de l’offre par rapport à la demande. Depuis 2005, le vrac comme les vins premiers prix ont souffert d’un phénomène de surstockage. Conséquence ? Le cours du tonneau de 900 litres est descendu de 1.200 à 800 euros pendant la crise financière de 2008-2009. Et comme nous avions trop de stocks, les 2009 et 2010 ont été bradés. Mais aujourd’hui la donne a changé. Pour éliminer ce surstockage, les vignerons bordelais ont mis en place une politique de baisse des rendements. A cela est venu s’ajouter la faible récolte de 2013, ce qui s‘est traduit par une chute de 30% de la production. Du coup, l’offre de vin en vrac est inférieure à la demande. Il est donc logique que les prix remontent à 1.200 euros le tonneau, soit le niveau de la fin des années 2000.
C'est une mauvaise nouvelle pour le consommateur de vins à petit prix...
Pour une bouteille de bordeaux premier prix qui coûtait 2,5 à 3 euros- la hausse représente 30 centimes environ… Mais après des années de baisse, soulignons-le!
N’y a t-il pas selon vous une déconnexion totale entre l’évolution du prix des 150 à 200 grands crus classés qui font l’objet des ventes primeurs et celle des autres vins de bordeaux ?
La déconnexion existe et elle s’explique. Les prix des bordeaux premiers prix n’ont cessé de baisser ces six dernières années alors que ceux des grands crus notamment les plus spéculatifs n’ont fait qu’augmenter. Logiquement et compte tenu du caractère assez hétérogène du millésime 2013 en terme qualitatif, les prix des grands crus devraient baisser. Car les 2013 ne sont pas du même niveau que les 2009 et 2010 qui étaient exceptionnels.
Source: Challenges
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