Certains boivent pour oublier. La crise économique, les licenciements en série et la baisse du pouvoir d'achat n'ont pourtant pas provoqué de ruée sur les bonnes ou les mauvaises bouteilles. Au contraire. Depuis le retournement de la conjoncture, à la mi-2008, la consommation mondiale de vin a plongé comme rarement. Elle a reculé d'environ 4,5 % en deux ans, selon les estimations présentées hier par l'Organisation internationale de la vigne et du vin (OIV). Le fruit, sans doute, d'un choix des consommateurs de serrer leur budget sur des dépenses non indispensables. « En deux ans, la consommation mondiale annuelle a chuté de 1 milliard de litres, se désole Federico Castellucci, le directeur général de l'OIV. C'est comme si tous les Allemands s'étaient arrêtés de boire ! »
La baisse a été particulièrement marquée en Europe, avec un recul de 6,5 % entre 2007 et 2009. Dans les pays de tradition vinicole comme la France ou l'Italie, la crise a en effet amplifié le déclin entamé de longue date, notamment en raison des campagnes contre l'alcoolisme. « Ce qui est nouveau, c'est que les pays importateurs comme l'Allemagne ou le Royaume-Uni , où la consommation progressait, ont eux aussi réduit leurs achats », relève Federico Castellucci. Et, au niveau mondial, les pays où le marché a progressé l'an dernier se comptent sur les doigts d'une main : le Brésil, l'Australie…
Baisse des prix du vin
Ce marasme a changé la donne pour les professionnels de la vigne et du vin. D'autant qu'il s'est traduit par une baisse des prix du vin qui se prolonge jusqu'en ce début d'année, malgré une succession de trois années de faible production. En Europe, la crise n'a pu qu'inciter les viticulteurs à profiter des primes à l'arrachage proposées par Bruxelles. L'Union européenne a prévu d'aider à la disparition de 175.000 hectares de vignes sur trois ans. Mais, compte tenu du niveau de prime « particulièrement attractif en début de période », les demandes déposées ont représenté 160.000 hectares dès la première année. Si bien que Bruxelles a dû faire un tri et n'a financé que la moitié des arrachages proposés. Au total, le vignoble européen devrait se réduire de près de 4 % en deux ans, selon l'OIV.
La baisse de la consommation a aussi accentué la guerre entre pays exportateurs, sur fond de forte contraction des échanges mondiaux. « L'Espagne et la France ont essayé de maintenir leurs prix de vente, quitte à perdre des parts de marché, notent les spécialistes de l'OIV. A l'inverse, l'Italie mais aussi le Chili ont privilégié les volumes, notamment en développant les ventes de vin en vrac. » Résultat : l'Italie a conforté sa place de premier exportateur mondial, avec 22 % des volumes échangés, devant l'Espagne (17 %) et la France (15 %). Les Etats-Unis et les pays de l'hémisphère Sud (Argentine, Chili, Australie, etc.) poursuivent, eux, leur ascension. Ils assurent désormais près de 31 % des exportations mondiales, contre environ 20 % il y a dix ans.
DENIS COSNARD, Les Echos